Puis forcément, ces moments de grâce passés, on est chacun revenu à soi, à où on en était avant de se rencontrer. Comme le joueur de loto, 18 mois après, retrouve le niveau de bonheur qui était le sien. Ce n’était pas l’amour qui est éphémère, mais ta capacité à me cacher de moi. Tu m’as aidé à l’oublier un instant, le temps de quelques « je t’aime », le temps de quelques danses passionnées, mais rien n’y fait, ce mal-être finit toujours pas me retrouver.
Alors chacun commence à s’en vouloir… Tu as arrêté de me faire vibrer, tout redevient comme avant, pourquoi continuer, si tu n’as plus rien à m’apporter? J’étais mieux avant, quand j’arrivais à me cacher cela. Aujourd’hui avec toi face à moi, avec toi qui (par amour) vient me montrer chaque partie de moi blessée, chaque mécanisme que je hais, je n’arrive plus à me cacher de moi. Je t’aime, autant que je te hais.
Comment faire pour m’en évader? Et comment faire pour fuir si tu es aussi celui qui me maintient debout ? Peut-être que par l’alcool, tu essayais de trouver une autre bouée, trouver la tienne, te et nous libérer de cette dépendance qu’on avait installé pour nous sécuriser. Mais moi, je ne voulais pas d’autres bouée, je ne voulais pas me libérer ! Non, je ne voulais que toi, je voulais être à toi, toute entière.
On s’était ensemble enfermé dans une cage, pour ne pas se perdre, pour continuer à se sentir aimé. Mais dans cette cage, chacun s’y débattait, finissant par accuser l’autre de l’y avoir enfermé. Chacun de nous s’offusque alors de ce moi horrible, honteux, répugnant que l’autre lui montre à voir. Je te déteste pour ce moi qui tu me montres sans arrêt, ce moi lâche, faible, fragile et dépéri, ce moi violent, destructeur, suicidaire, prêt à tuer pour tenter de s’échapper.
Comment m’en sortir ? et comment rendre son éclat à cet amour tant abîmé ?
Il y a de l’amour dans ces 2 âmes qui se sont choisis pour se soutenir, pour se détruire, pour s’aimer si fort qu’elles s’amènent au plus profond d’elles-mêmes, dans ces endroits que, sans l’autre, elles n’auraient jamais osé explorer. Parce qu’elles veulent vivre ce lien, elles y vont aveuglément, obstinément, quitte à se brûler les ailes, quitte à y perdre la vie. Parce qu’à quoi bon vivre, si tu n’es pas à mes cotés.
Certains parlent de dépendance affective, d’autres de relations karmiques : tout ça est faux, comme tout ça est vrai. A chacun de trouver sa vérité, celle qui lui offrera du sens et de la paix. Mais n’oubliez pas de reprendre votre pouvoir, d’aller le récupérer, même 5 ans, 10 ans ou 30 ans après.
Parce que oui, un jour, vous lui avez donné la clé. Vous vous êtes chacun donné VOTRE clé, et même séparés, on a bien souvent oublié d’aller la récupérer. C’est peut-être ce qui cause ces colères, ces rancœurs qu’on n’arrive pas à apaiser ? On ne l’a pas fait, parce qu’on n’a pas osé.
D’un coté paralysé par la peur, toujours présente dans ces mémoires que le corps profondément a ancrées. Elles ont laissé des marques, parce que toutes ces émotions réveillées n’ont pas toutes été intégrées, assimilées. Elles restent prisonnières, comme nous en restons prisonniers.
Il faut du temps pour cela, souvent des années. Il s’agit de se reconstruire, mais surtout de se retrouver… et c’est d’autant plus difficile que ce soi à réveiller n’avait jamais osé exister. Il s’était toujours tût, fait discret, cela dès l’enfance, pour ne pas déranger, pour tenter de se faire aimé. Mais à l’époque aussi, cet amour tant attendu, on ne l’avait pas ressenti, trouvé.
Alors cette solitude, cette souffrance, je la connaissais. Toi, je t’avais choisi. Avec toi, je pensais la dépasser, la transformer, gardant en moi le souvenir de ces premiers instants magiques partagés, où je m’étais enfin senti aimé(e), exister. A ce moment là, je t’ai donné MA clé, je t’ai donné la responsabilité de ma vie, de mon bien-être, de ma destinée. Et pour m’en montrer l’absurde, et ta révolte intérieure d’en avoir la responsabilité, tu es allé jusqu’au bout, loin dans l’acceptable et dans l’inacceptable, jusqu’à ce qu’une force se réveille en moi, pour enfin se remobiliser, reprendre ma liberté. Merci de m’avoir aimé jusque là, jusqu’à incarner ma plus grande peur, pour m’aider à reprendre mon pouvoir, pour m’aider à me toucher moi, me déployer.
Aujourd’hui encore, ton âme n’oublie pas, à chaque moment, de me montrer dès qu’une partie de moi attend encore de toi. Tu me renvoies à ma responsabilité, celle de n’avoir aucune attente pour trouver mon équilibre, ma puissance juste, ma souveraineté.
Par chacun de tes actes, tu m’apprends à m’affirmer, à me positionner, à dire « non », à ne plus avoir peur de me montrer telle que je suis. Tu viens grossir mes peurs à la loupe, et encore aujourd’hui, à chaque fois, je t’en veux de cette limitation que t’es en train de me montrer. Merci d’accepter de porter le mauvais rôle, pour m’aider à évoluer.